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Du chemin à faire...

Des jeunes  de professions libérales et d'autres, plus libéraux encore mais sans professions.

Tous, des buveurs de vin

Tous, un verre de bordeaux à la main.

Et puis, comme ça, une question posée, histoire de prendre le pouls:

"Quels cépages retrouvez-vous ici dans votre verre?"

Question anodine pour des réponses pas du tout anonymes:

"Je ne sais pas'

'Comment, il y a plusieurs cépages?'

Comme on dit: la langue m'a tombu bien bas.

Je ne voulais pas insister jusqu'à ce que quelque me parle de piedra negra.

Piedra negra?

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J'avais bu le vin quelques semaines auparavant alors que le jeune libéral de profession l'avait bu la veille sur une queue de taureau braisée...

'C'est bien le nom argentin pour le malbec?', me dit-il.

Je lui ai proposé le site de deux flying winemakers bordelais pour assouvir sa soif!

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Jacques & François Lurton!

La somme des parties...

Dsc03487_1 La grandeur des crus d'Alsace s'est liée cette semaine à la beauté des dames qui venaient les gravir du bout des lèvres. Avant de se faire  mordre à leur tour par le félin minéral qui connaît heureusement les bonnes manières!

Vins de femmes? Vins d'hommes? Peu importe: le terroir se soucie peu des sexes. Il résonne différemment pour chacun. Suffit simplement de trouver le la au diapason.

Excitantes maisons donc et options différentes pour parvenir au même but, celui d'adouber des cépages déjà nobles de naissance en laissant la part belle à l'expression de leurs berceaux d'origines.

Blanck, Gresser, Landmann, Sipp, Sorg, Schlumberger, Deiss et j'en passe, les artistes jouent de tous les instruments, certains en solo, d'autres en hommes orchestres habilent "à trouver la note qui fera chanter", comme le chantait d'ailleurs si bien mon compatriote Robert Charlebois.

Après les rieslings épurés de Philippe Blanck, les rieslings modulés de Rémy Gresser, les rieslings mariés à une foule d'autres cépages de Jean-Michel Deiss s'inscrivent dans une classe à part.

La somme des parties devient ici prétexte aux permutations les plus folles pour des cohésions d'ensemble uniques. Comme si une foule de grands crus formaient en bout de ligne un cru plus grand que nature.

Vous en doutez encore?Dsc03490

Alors plongez dans l'Altenberg de Berkheim 2001 exalté par pas moins de 13 cépages. La noblesse de la pourriture, ici d'une noblesse certaine, lui donne une profondeur enrobée qui tient du vertige.

Un sérum de vérité signé Deiss.

Sacrée bagarreuse!

Vous connaissez ma fascination pour le pinot noir.

Ça relève presque de la perversion.

On pourrait aussi dire: pluralité de versions.

C'est plus académique, moins érotique.

Vous préférez que je parle de bourgogne rouge?

Voilà qui est drôlement plus ciblé!

Surtout qu'il n'est de pinot noir qu'en Bourgogne.

Allons, un enfant de trois ans sait ça! Pas vous?

Maintenant, oublions le pinot noir et causons bourgognes.

Ces bourgognes pluriels qui racontent le pinot noir du nord au sud comme autant de flèches à l'arc du cépage...

... et qui vont droit au but.Dsc031771

Mieux que n'importe quelle communications du BIVB et de la presse spécialisée réunis!

Je l'ai goûté hier encore, cette bourgogne juteuse et bagarreuse, fière de son terroir, à l'écart des sentiers connus, du côté de Chitry. À moins de 10 euros et dans un millésime de héros, j'en fais mon ordinaire.

Une perversion bien ordinaire...

Ze nose

L'oenologue, que dis-je, le "nez" de Pétrus, Jean-Claude BDsc030971 errouet me disait un jour de 1987  ressentir une impression toute particulière en pénétrant dans un cuvier en fermentation: il "sentait", parmi  les cuves, la bonne marche des opérations.

C'est Olivier Guyot, vigneron à Marsannay, qui me disait avant hier le plaisir de "sentir" le labour laissé ouvert par le passage de sa charrue tirée par un cheval. Les pieds sur terre. Le nez en l'air.

Pas plus tard qu'hier, je "sentais" l'écoute des 50 convives réunis pour dîner alors que je leur livrais à ma façon, avec les commentaires appropriés, le message des vins dégustés. On aurait pu entendre un drosophile voler!

Où je veux en venir?

Les analyses sophistiquées, tracteurs ou machines à vendanger et autres cacophonies liées à la vie moderne ne remplaceront jamais le simple bon sens et le temps justement de prendre son temps en étant à l'écoute.

À l'écoute du vin.

Classer ou déclasser?

C'est pas bien reluisant tout ça.

Je dirais même que ça manque de classe.

Car dans le lot, il y en a qui n'ont pas fait leurs classes.

Qui auraient dû aller direct à la casse.Dsc029821

Comme on dit: ça passe ou ça casse.

Ici, messieurs-dames, eh bien, pour moi, affaire classée!

Dommage, l'appellation vaut nettement mieux que ça.

C'est le géant Gallo et son "two buck wine" emballé sous l'étiquette "La Bicyclette Rouge" qui doit casser du sucre sur le dos du brave bordeaux!

Moins de 10 euros

Deux vins cette semaine sous la barre des 10 euros.

Il y a encore et toujours beaucoup de médiocrité sous la barre des 10 euros en France. Je le constate hélas très régulièrement.

Où sont les vins qui ont un minimum de caractère? Dilués dans la masse? Pourquoi sont-ils incapables d'afficher un fruité correct sur un ensemble qui ne souffre pas de dilution? Pourquoi ne reflètent-ils pas, ne serait-ce qu'avec un minimum d'originalité, l' idée de cépage, de terroir et de millésime?

C'est quand même pas la mer à boire!

Pourquoi trop de négociants peut scrupuleux fourguent-ils encore la honte vinicole française comme une maladie honteuse quand il existe des moyens de se protéger de la médiocrité? D'ailleurs à ce sujet, j'entendais un néophyte en matière de vins me dire clairement qu'il n'achetait jamais de vins de négociants sur quoi je lui répondis qu'il y avait aussi d'excellentes maisons de négoce, qu'il ne fallait pas tout mettre dans le même panier. Le mal était fait. Et il le sera encore longtemps.

Dsc02908 Alors évidemment, quand une perle ou deux tombent dans mon verre, je partage. D'abord ce Bordeaux 2003 de Lucien Lurton à 4 euros et des poussières. Couleur, franchise et fraîcheur fruitées où s'éclatent merlot et cabernet franc il me semble sur un ensemble de belle constitution. On finit la bouteille tant c'est communicatif.

L'autre rouge nous vient de la famille Perrin en Costières de Nîmes: La Vieille Ferme "La Sira" 2002. Derrière son bouchon dévissable, beaucoup de vin avec une vinosité mais surtout un éclat de première. On en Dsc02915 redemande. Ce que j'ai fais. Des exemples à suivre? Bien sûr. De toute façon la France n'a pas le choix.

(P.S. Pour vous dépatauger, je vous propose l'excellent Guide des meilleurs vins à petits prix 2005 de Gerbelle (agerbelle@larvf.com) et Maurange (pmaurange@larvf.com)

armagnacs et cigares

Ça se passait ce soir à l'Aéro-Club de France rue Galilée, Paris 16ème. Une rencontre entre ciel et terre et deux écrans de fumée où l'armagnac, le cigare de Havane, le conteur Yves Belaubre et les volutes grasses de ses propos inspirants nous aspiraient tous vers le haut.

Plus qu'une rencontre, un rituel. Comme si toutes ces petites fumées réunies autour des cigares San Cristobal de la Habana La Punta et Hoyo de Monterey Epicure #1, petites fumées dont se serait contenter Carlos Castaneda lui-même nous ramenaient au premier temps des hommes, le raffinement en plus et le rêve en prime.

J'en ai encore les doigts gommés de résines végétales, d'écorces brûlées et d'ambiances secrètes, celles qui, tour à tour, se lovaient aux célèbres eaux-de-vie du Gers pour mieux les relancer, les troubler, les apaiser, les inciter à allumer de nouveau mille feux encore inconnus d'elle-même.

"On peut pousser les alliances tant et aussi longtemps que l'un ne fasse pas de mal à l'autre", disait un Belaubre toujours soucieux de ces équilibres à réaliser pour le meilleur de l'un comme de l'autre. Tiens, ça me rappelle mon manuel de bienséance pour adultes consentants...

Côté armagnac: Marquis de Montesquieu VSOP, facile et engageant avec sa pointe de caramel et son fondant à la pâte de coing, Pierre Manuel XO, grillé et chaud comme un feu de brousse, Gélas 25 ans, pure merveille de complexité, ample et sphérique et cette amertume noble qui hante longuement le final, Château de Ravignac 1984 (mise 2004), frais comme une orange pelée, captivant comme une femme désirée et puis, et puis, le Bas-Armagnac Delors 1980 (mise 2004) et puis, et puis, le sensuel Domaine de Courrèges 1982, véritable main de velours dans un gant de fer...

Dsc02591 Bref, au-delà du slow food, le slow drink et... le slow smoke. Lenteur que ne dédaigne pas l'armagnac dont on dit qu'il a un rythme bien à lui. Quant au cigare, il trouve ses lèvres là où le charnel de la "cape" (la gaine végétale visible du cigare)s'offre à la fois lisse, moelleuse et tendue, plus que vivante. L'expérience en valait la chandelle. Et ce ne sont pas les nombreuses femmes présentes ce soir-là qui me contrediront. Il fallait d'ailleurs voir la tête de leur cigare! 

Du Krug pour Cristelle

Évidemment la fête appellait les bulles qui allumèrent à leur tour une fois de plus des diamants dans les yeux des filles. Petits champagnes de maisons champenoises encore plus petites, elles-mêmes dissimulées derrières des marques qui ne font pas nécessairement la gloire des vins de Champagne.

Enfin, les diamants étaient bel et bien dans les yeux des filles et c'était là l'essentiel. Qui s'en plaindrait d'ailleurs? Toujours est-il que plusieurs train de bulles plus tard, Cristelle m'avouait tout. Le vin de champagne serait-il d'une façon ou une autre lié au complot ourdi par les champenois pour délier les langues et affuter les esprits?

Le séducteur de Reims ou d'Épernay est si prévisible qu'il semble faire échec à tout coup aux dernières résistances féminines. Casanova lui-même l'avait d'ailleurs remarqué à une époque où les roteuses giclaient de leur plus belle mousse dans le corsage des dames. Mais là je m'égare...

Cristelle donc m'avoua tout. Néophyte en matière de bulles, elle l'était moins en matière d'émotions. "On aurait dit un grand vin tant il pénétrait partout, avec ses bulles abondantes et son goût... comment dire... qui régalait. Comme une impression de manger, de boire, de..."

Plénitude et vinosité ?

"C'est ça!"

Et le nom de ce monsieurs? lui demandais-je.

"Krug"

OK, je vois. Mais ce que je voyais, c'est que ce Krug n'était pas dans mon verre ce soir-là mais surtout qu'il avait imprimé la mémoire sensorielle de Cristelle.

Morale de l'histoire: Les petits champagnes de maisons champenoises encore plus petites, elles-mêmes dissimulées derrières des marques qui ne font pas nécessairement la gloire des vins de Champagne auront eu le mérite d'amener Cristelle à avouer l'expérience du grand vin. Sans tromper son mari.

Diamonds are a girls best friend...

Du vin pour tous avec le film Mondovino!

Voilà exactement le genre de film que j’aurais personnellement aimé tourner.

Des images qui valsent et qui parfois font mal à la tête comme un mauvais vin mais aussi des images fortes qui évoquent encore 24 heures plus tard, le grand cru goûté la veille. Et de la matière avec ça, de l’extraction dans le propos, de la couleur dans le tordeur.

Car ici le cinéaste-fouilleur-railleur-cynique et plus que jovial Jonathan Nossiter n’y va pas avec le revers de la pipette! Les Rolland, Mondavi, Etchart et autres Frescobaldi passent bien évidemment au cash mais ces messieurs de la haute finance vitivinicole ne doivent pas le « prendre personnel » comme on le dit si bien au Québec : ils SONT aussi le vin d’aujourd’hui.

Néophytes comme amateurs percevront sans doute la joute différemment mais une chose demeure, qu’on en parle en bien ou non, l’important est qu’on en parle. Et là, Nossiter marque un point. Surtout dans un monde et plus précisément en France où le vin est encore le parent pauvre des politiques et de tous les médias confondus! Tiens, ça me donne une idée ça, la petite place accordée au vin en France…

Il y a un grand film à faire là-dessus!